Opération Waza - Anti-braconnage  Les News

  Compte Rendu :

 

Le dernier déplacement des membres de Global Earth Keeper, avait pour but de distribuer du matériel aux éco gardes du parc de Waza et de leurs montrer qu’il existait un élan de solidarité autour du parc de Waza et de leurs missions dangereuses, qui sont essentielles pour la protection de la faune sauvage. La situation générale dans la zone est critique, les combats sont journaliers  ainsi que les attaques suicides contre les populations, le parc se trouvant sur la ligne de front des forces camerounaises et de la secte Boko haram, la frontière du Nigeria et à moins de 6 km, notre déplacement dans ce secteur n’a été rendu possible que grâce à la protection des forces armées camerounaises, et dans le respect des règles fondamentales de sécurité (Vitesse, et couchage dans des zones protégées par les forces de sécurité).

 

GLOBAL EARTH KEEPER a décidé en 2013 de soutenir le conservateur du  parc de Waza et ses éco-gardes. Ceux-ci disposent de très peu de moyens pour lutter contre le braconnage.

Outre le fait que notre organisation ait pour credo la défense animale et environnementale, je pense que le déclic concernant l’engagement dans la lutte anti braconnage au Cameroun remonte au traumatisme et au choc du massacre de centaines d’éléphants en 2012 dans le parc de Boubandjida

Nous avons constaté que les structures de protection de l'environnement des pays d'Afrique concernés par le braconnage et le trafic de l'ivoire sont bien souvent très mal adaptées à la criminalité à laquelle elles doivent faire face, car confrontées à des organisations de guerre, déterminées et bien armées. Le braconnage a atteint un niveau industriel en Afrique et en Asie, des groupes terroristes et des réseaux mafieux organisés investissent dans le marché de « l’Or blanc ».

 

 En plus de la menace qui pèse sur les éléphants du parc de Waza, lors de notre déplacement de 2015, nous avions été informés qu’il existait plusieurs autres types de braconnage tous différents des uns des autres.

-      Le braconnage local (populations périphériques pour se nourrir)

-      Le braconnage dit urbain de viande de brousse (approvisionnement des marchés locaux)

-    Le braconnage transfrontalier (vers le  Nigeria, d'animaux juvéniles ou  espèces protégées pour les riches nigérians, zoo privés)

-      Le braconnage religieux (poils, peaux, organes, queues, moustaches)

-      Le braconnage pharmacopée (fabrication de potions)

-      Conflit avec les éleveurs qui occupent du fait  de la situation sécuritaire, la zone protégée disparition de la transhumance du fait de la fermeture de la frontière avec le Nigeria. (Abattage des lions pour la protection des cheptels)

L’approche de la lutte anti braconnage doit être adaptée à chaque type de braconnage et les moyens en hommes et en matériels devront correspondent aux braconniers ciblés, l’action repose avant tout sur une recherche de renseignements et d’indices qui après recoupement et analyse définira les moyens à engager. (Vaste réseau de surveillance en associant les populations concernées)

 Devant ce constat, notre projet et nos actions portent sur le premier maillon primordial du dispositif de lutte anti-braconnage (LAB) et de protection de la faune et la flore : l’aide aux éco-gardes et aux villageois bénévoles. Nous devons leur apporter une aide matérielle et technique. Ces acteurs de terrain sur qui reposent l’essentiel de la lutte contre le braconnage sont bien souvent oubliés de tout le monde. Les éco-gardes sont les parents pauvres de la LAB. Ils sont démunis de tout, souvent sans aucune solide formation paramilitaire, seuls ou en petites équipes, acteurs isolés devant l’immensité de la tâche à fournir, sans statuts réels, mal payés. Ils sont cependant l’un des piliers de la préservation animale.

 

Depuis de nombreuses années un millier d’entre eux ont laissé leur vie en Afrique. L’importance et l’efficacité de ces gardes reposent sur leur parfaite connaissance du terrain, leur bonne intégration dans les communautés riveraines, une approche en renseignements généraux importante pour la protection de la faune sauvage.

 

 

Après avoir rencontré lors de notre lors de notre séjour, les différents spécialistes de la LAB au Cameroun, nous avons réorienté notre programme d’assistance, les impératifs légaux imposés par le code de procédure pénale et le code faunique camerounais, imposent aux éco-gardes d’être en situation de légitime défense  ressemblant plus au cadre police avec une prise en compte de la flagrance et de suites judiciaires, avec réalisation de procès-verbaux.

Mais le braconnage actuel ressemble  plus à des actions de combats militaires, le plus souvent avec une confrontation avec un adversaire organisé, supérieur en armement et en détermination, donc il est difficile d’engager des hommes en infériorité numérique et en armement dans ce type de confrontation.

 

La stratégie de la LAB la plus adaptée pour le parc de Waza sera orientée sur les axes suivants

-      Occupation du terrain par des patrouilles mobiles (à ce jour, il existe deux patrouilles hebdomadaires de cinq jours à 5 hommes minimum) notre action devra pérenniser ces deux patrouilles (surcout financier pour le conservateur).

-      Réalisation et entretien des pistes intérieures du parc, (la mobilité et un atout majeur dans la lutte)

-      Recherche de renseignements et analyse des différents indices de présences dans le but d’adapter la riposte à la menace estimée (Il n’existe pas de plan de recherche renseignement codifié).

-      Avoir des projets économiques parallèles avec les populations riveraines du parc, leurs participation à des microprojets développera un intérêt commun sur la protection du parc.

-      En cas de menace surdimensionnée aux possibilités de réactions des éco gardes, transmettre les informations aux forces régaliennes camerounaises (B.I.R, Gendarmerie).

- Associer les populations concernées à un vaste réseau de surveillance

 

 

 

Suite à la demande du conservateur et lors de notre entretien avec la moitié des gardes du parc, nous avons décidé de faire  un gros effort sur les équipements individuels (un éco garde touche en moyenne un salaire de 120 euros, il n’a pas les moyens de s’acheter ses équipement, et la dotation réglementaire, n’est pas régulière)

En 2015 Nous avons envoyé 1500 euros (1 000.000 fca) de dons en nature, essentiellement de l'équipement personnel : uniformes, rangers, boussoles, jumelles, chemisettes, tee shirt.

En 2016 nous avons  augmenté nos dotations financières grâce aux dons des membres de Global Earth Keeper et de ses sympathisants, nous avons ainsi pu  distribuer pour  (1.300. 000 fca)


 

-      - Uniformes (trente uniformes confectionnés sur place)

-      - Moustiquaires (achats sur place)

-      - Chaussures d’intervention

-      - bottes (achats sur place)

Participation financière aux repas des éco gardes. Ces sommes semblent modestes, mais du fait de l’injection directe aux exécutants, l’effet est ainsi multiplié et donc plus efficace.

 

 

 

Il faut être conscient qu’au-delà de notre action une prise de conscience générale doit être prise par les différents dirigeants politiques.

 

Le gouvernement Français sous l’impulsion de M. Nicolas Hulot (Réunion de Yaoundé 21-23 Mars 2013)  a réellement avancé dans ce domaine :

-  la suspension des réexportations d’ivoire brut d’éléphant

- le 27 janvier 2015, l’arrêté signé par Mme  Ségolène Royal  interdit le commerce de l’ivoire d’éléphants et de la corne de rhinocéros sur le territoire national, sauf dérogation exceptionnelle. Cet arrêté concernant toutes les espèces d’éléphant et de rhinocéros est une bonne chose.

 

Plusieurs pistes doivent être mises en œuvre:

-un renforcement des amendes pour le trafic d'objets CITES (ivoire notamment) avec des peines multipliées pour mettre la lutte contre le braconnage au même niveau que la lutte contre le trafic de drogue. Idem pour les OPJ (officiers de police judiciaire) qui auront les mêmes prérogatives pour lutter contre ces trafics (espèces CITES comme pour les stupéfiants)

Malgré la lutte contre le trafic des espèces protégées soit donc, en France, considéré au rang de lutte contre la criminalité, les moyens mis en œuvre sont minimes.

-Un financement de différents postes à Interpol pour la traque sur le Net et étoffer la cellule chargée de lutter contre la criminalité faunique.

- Le plan de sauvegarde des éléphants doit être réactualisé (Nouveau PAULAB le cas échéant) et suivi de faits.

-De nouvelles pistes doivent être exploitées, expertise ADN, implantation de puces…

Ceux-ci ne sont que des pistes parmi d’autres, toutes les initiatives vont dans le bon sens.

 

Toutefois, il faut aider plus directement les gardes qui luttent contre les braconniers en apportant un soutien logistique et matériel des forces françaises présentes en Afrique ce qui n’est pas le cas, à la différence des américains et des anglais qui entrainent régulièrement les éco-gardes.

 

L’Europe avec les programmes à ECOFAC et RAPAC est présente, mais quand les programmes se concrétisent, le mal est déjà fait, les sommes allouées sont importantes et souvent mal employées, facilitant la corruption, des microprojets seraient beaucoup plus efficaces, les organismes qui profitent de ces aides « vivent sur la bête », ces aides favorisent la corruption du fait de manque de transparence et de suivi des  fonds. Une moto peut être acheté 1500 euros facturé 2000 en toute légalité.

 

Il est évident qu'il faudra trouver un accord avec la Chine afin de bannir le commerce de l'ivoire, mais cette problématique est pour le moment très compliquée.

 

 

En conclusion on se sent vite désemparé depuis chez nous lorsque l’on regarde les informations et lisons la détresse qui atteint les éléphants du monde et autres animaux. Que peut-on faire face à cette ascension rapide de leur abattage ?

Voici des options que nous devons adopter :

. Communiquez : les paroles et les partages sont des sources puissantes d’actions. Elles créent des échos. Parlez du sujet autour de vous, sensibilisez votre entourage, aidez à faire entendre la situation.

 

. Éduquez : les enfants sont l’avenir. L’éducation à la nature et au monde est un geste important pour la préservation de notre écosystème et des espèces, ce sont les enfants qui auront l’influence dans les années futures et la sensibilisation est un processus qui requiert du temps.

. Réagissez et mobilisez-vous lorsque des événements, des pétitions, des publications sont mises en places.

. Soutenez des organisations : si vous ne pouvez pas faire de grandes actions de chez nous, en revanche vous pouvez aider ceux qui agissent sur place à avoir les ressources pour le faire. Un don, un parrainage, un partage, un volontariat, chaque geste leur apportera des forces supplémentaires pour agir ;

L’une de mes rencontres lors de ce séjour m’a confié que seule les ONG peuvent influencer la politique de la protection de la faune et de la flore des pays africains, la mobilisation et la publicité sur des sujets environnementaux a  des répercussions sur la gestion locales de ces problèmes, rien n’est pire que le silence.

 

 

MILANINI Dominique

Chef de projet Waza

Global Earth Keeper